10-02-24

Murray Street Restaurant 2

Samedi passé j'étais en voiture avec en tête l'idée de combler l'un de mes grands et anciens rêves gourmands. Par contre, en chemin, mon ami Michael m'appelle pour me proposer de souper ensemble. J'hésite. Il parle de Murray Street Restaurant. Mon rêve devra patienter (cette fin de semaine, peut-être). Donc, 30 minutes plus tard, me voici avec Michael, assis au bar. S'asseoir au bar c'est cool. Tu donnes l'impression d'être un habitué de la place, de ne pas prendre ça trop au sérieux, tu peux jaser avec les employés, bla bla bla. Une fois un Hendricks tonic ingurgité, on s'entend rapidement sur une assiette de charcuterie, à partager, pour débuter le repas. 30 dollars vous voudront 2 fromages et 3 viandes, ou 3 fromages et 3 viandes. Vues les portions généreuses de fromage, on opte pour une majorité charnelle et on choisit: un salami de wapiti (de Elk Ranch), de la poitrine de canard fumée sur place, et un lardo aussi fait sur place. Pour ce qui est des fromages, Michael prend son traditionnel cheddar Pine River de 7 ans (de Bruce County) et un Riopelle québécois. Remarquez, ce sont tous des produits locaux. C'est bien. Vous vous demandez peut-être ce qu'est un lardo? C'est du gras de dos de porc qu'on laisse dans une solution saline, comme du prosciutto. Ce sont les tranches blanches sur le pain dans la photo ci-haut. C'est particulier, goûtant vraiment les parties grasses d'un bon prosciutto. La texture est entre celle d'un beurre froid et de la charcuterie, intéressant. Un léger goût sucré, presque de noix survient aussi. Tout à fait intéressant, moi qui n'en avait jamais goûté. Le reste est aussi très bon. Le salami est heureusement porteur d'une complexité viandeuse, pas seulement de gras salé. Le canard fumé est également superbe. L'âge du cheddar vous laisse deviner son goût, avec une texture plus mietteuse. Le Riopelle goûte le lait, mais ses saveurs subtiles sont légèrement excédées par les forts goûts de ses voisins d'assiette. Le pain servi est toujours celui de Art-Is-In, une valeur sûre. Des cornichons, des oignons et des betteraves marinées sur place sont simples mais parfaitement rendus. Des petits oeufs de caille, marinés également, sont d'adorables petit délices. J'en mangerais pendant des jours. Pour le prix, c'est pas donné, mais ça en vaut tout à fait le coût. J'ai mangé jusqu'à la dernière miette de crostini.


J'ai choisi une petite assiette ensuite, un trio de « charcuteries ». Commençons à gauche, avec une langue de boeuf grillée: wow. Je n'avais jamais mangé de langue, mais je vais en mangé dorénavant. Parfaitement tendre, succulent avec des petits tons sucré de la marinade et un belle croûte grillée. Au centre, un reuben avec du coeur de boeuf tranché: wow. WOW. C'est à l'essence du goût du boeuf, savoureux au possible. La viande, tranchée mince, est prise entre tranches de pains grillées et beurrées (le beurre améliore tout) et une choucroute bien croquante, bien acide. J'ai dit « C'est le meilleur sandwich que j'ai mangé de ma vie » et ne crois avoir à reviser cette affirmation. La petite portion est pardonnable: c'est hyper-riche. Mais si bon. Et, que vois-je? Un autre oeuf de caille mariné? Joie. Finalement, de la moelle d'os de wapiti. J'avais aussi hâte de manger ça, bien que je fus un peu déçu. C'était trop gélatineux (habituellement, ce serait plus comme un pâté), et ce goût typique de viandes chassées, et bien il était tout simplement trop fort, trop huileux. Mais pour 12$, comment se plaindre. Qu'est-ce qu'on peut acheter de mieux pour 12$? Pas grand chose.

Bon je vais conclure brièvement parce que je me sens emporter par un élan de ferveur gourmande: c'était bon. Vous devriez y aller.


10-02-23

Plaisirs quotidiens #5

Oui, j'aime bien le pain, ici, un focaccia au romarin. J'aime aussi le grillé et l'inondé d'huile d'olive, de vinaigre balsamique et de sel de mer.


Mais j'adore avec un oeuf. Oui, les oeufs et mois entretenons une relation étroite. On se voit quatre ou cinq fois/semaine. Tant qu'on les traite bien, on peut profiter de leurs riches qualités et de leur impressionnante polyvalence.

Éclater le jaune est un plaisir dont je ne me lasse pas, me décevant seulement quand, débordant dans l'assiette, je n'arrive pas à l'estomper complètement avec mon pain.

Les oeufs sont aussi d'habiles égayeurs de restants de la veille, dans ce cas, des pâtes saucisse-cheddar-parmesan. Y a-t-il seulement quelque chose que les oeufs ne rendent pas plus appétissants? Si on reste dans le raisonnable, non.

Le voilà, lui aussi, rompu dans les pâtes, leur inculquant une richesse subtile des plus agréables.

Pour bientôt: un post soulignant un superbe repas où figure des oeufs de caille marinés (!!!).

10-02-18

Photos

Je prenais des photos pour un article.

10-02-14

Fiable

Mmm...
mmm...
Oui c'est fiable chez Huong's. C'en est la définition même. Toujours bon. Toujours vite. Toujours à bon prix. Toujours plaisant. Sachez, chers lecteurs, que je me force de ne pas y retourner trop souvent, question de ne pas toujours parler des mêmes choses.

P.S.: J'adore toujours comment ils mettent leurs pailles dans les canettes.

10-02-08

Nate's Deli

Que ce ravi visage vous serve de preuve: il est plaisant d'être en ma compagnie. Mais ce repas partagé avec cher M. Salvas ne fut pas que simple contemplation de pièces d'art (Photo: Attraction, de Gérard LeBlanc). Il fut aussi consommation de sandwichs. Surtout, en fait. Tout ça chez Nate's Deli, établissement vieilli de la rue Rideau.


Salvas étant, comme moi, gourmand amateur, nos choix ont été rapides et éclairés. Et après délai un étonnament bref, voilà que nos choix étaient posés devant nous.


Commençons donc par lui. Ça c'est un Reuben (12,99), arrangement classique de smoked meat (je préfère à viande fumée), choucroute, fromage suisse et vinaigrette Milles-Îles, sur pain de seigle. Salvas est vite a signalé l'absence de vinaigrette, un élément crémeux plus que bienvenu. L'addition de moutarde devrait suffir.

Mais, malgré cet obstacle potentiel, c'est un relatif succès. Salvas apprécie la viande, l'élément clé ici, plus que tout. Il chante ça texture qui n'est pas trop juteuse, retenant une bouchée plus typique du boeuf, plus filamenteuse. On oubliait ainsi la quasi-absence de fromage, qu'on a jugé de la variété commerciale, pour bien admettre que c'était un sandwich des plus satisfaisants.Or, ça ne l'a pas empêché de commander une seconde tranche de pain pour compléter son sandwich.

Pour moi, un Mike Duffy (11,99$), journaliste politique de longue date qui a donné son nom à un sandwich reflétant un quelconque aspect de sa physionomie. Donc les trois couches, du haut en bas, smoked-meat, pastrami et de chopped liver espèce de pâté moins raffiné, descendent aussi du haut en bas pour le goût. Le smoked-meat est effectivement excellent. Le pastrami, plutôt fait à partir de poitrine de boeuf qu'on laisse tremper dans une solution d'eau salé et d'épices avant de fumer, est plus tendre, plus salé et plus juteux que le smoked-meat, mais perd aussi dans ce même processus de son gras et donc de sa saveur typique de boeuf. Le chopped liver, espèce de hachis de foie de boeuf, évoque le pâté de foie, mais pas du tout assaisonné. Le goût final est assez riche, intense, mais aussi un peu sucré ce qui, étant donné la quantité dont on en a, devient un peu trop fort.

J'en glisse un peu dans mon assiette, y met quelques coups de moutarde, et retrouve ainsi un meilleur équilibre, en faisant un sandwich unique par ses diverses complexités en saveurs. La prochaine fois, par contre, ce sera un simple smoked-meat, qu'il vaut la peine de savourer seul. Enfin, seul avec des frites, qui, pour des frites congelées, sont bien croustillantes mais manquent de sel.

J'ignore toujours un peu la salade de chou et le cornichon au déli (surtout si je n'ai pas outrageusement faim). Dans ce cas, c'est bien fait. Tous les deux sont inintéressants. Mais cela ne gâche pas trop ce qui est par ailleurs un très bon repas, qui nous voyait à la fin, spéculer sur notre prochain dîner.


Nate's Deli
316 rue Rideau
Ottawa

Pour Ali #3

Voilà un très gros shawarma. J'ai fait l'heureux choix de prendre sauce sucrée et sauce à l'ail. Ce que j'aime manger des repas qui ont environ la taille et le poids d'un nouveau-né

10-02-07

Ceylonta


Salut cher lecteur. Es-tu prêt à m'accompagner dans un mémorable voyage au Sri Lanka? Non? Ça tombe bien, parce que je vais seulement te parler de mon repas dans un resto srilankais et sud-indien et non t'amener vers cette terre lointaine. Ça serait cher.

Ceylonta, de Ceylon, soit Ceylan en français, évoque le nom de cette île lors de la présence coloniale de l'empire britannique. Aujourd'hui, on parle surtout du pays en tant que lieu de lutte ethnique sanglante. C'est une malheureuse réalité qui fait ombre à toute la richesse culturelle, géographique et sociale de l'endroit. Et ça inclut sa cuisine. Mes quelques connaissances en cette matière me laissent comprendre que c'est une tradition culinaire très proche de la cuisine sud-indienne, mais avec des distinctions marquées lui rendant donc une certaine unicité.

Voyons en quoi ça se traduit dans ce restaurant ottavien.

Bien que je voudrais le faire, je ne peux pas faire les choix pour tout le monde quand on soupe en famille. C'est pourquoi on commence toujours avec ce masala dosai, met préféré de ma mère qui, immanquablement, nous fait remarquer « Je pense que je pourrais manger que ça! » Oui, merci maman, on le sait. Mais c'est vrai que c'est bon. La crêpe est craquante mais souple, résultat de la farine de pois chiche, qui, avec le beurre clarifié, y rend aussi un goût légèrement acidulé, très différent. Des pommes de terre cuisinées avec oignons, feuilles de cari et graines de carvi fourrent la crêpe. Toujours délicieux deux glucides d'un coup.

Le devilled chicken (ou deviled, on ne semble pas s'entendre) voit des morceaux de poulets, provenant certainement pas de la plus belle coupe, bien imbibés d'une sauce tomate aux piments chili. Sucré et épicé, quelque peu huileux, ce sont des saveurs riches et intenses, caractéristiques de cette cuisine en général.

Ici, des string hoppers, qu'on a vu à une table voisine et qu'on a su résister, sont des disques de nouilles de riz cuits à la vapeur et servi avec un mélange épicé de chili et de noix de coco et un cari de lentilles. Les nouilles sont impossibles fines mais, en bout de ligne, le tout restait plutôt insipide, sauf pour la chaleur que ça laisse en bouche.

Un kothu rotti au poulet est très populaire à notre table. Des rotti, un pain plat traditionnel, sont hachés et sautés avec une variété d'ingrédients, dont notamment des oignons, des feuilles de cari et du poulet ici très tendre. C'est un peu comme la meilleur farce de dinde de votre vie, surtout avec un petit coup de lime sur le tout. À ne pas manquer.

Si vous voyez du pain naan sur un menu, commandez-le, tout simplement. Habituellement plus fin et irrégulier, l'interprétation srilankaise du pain plat est frite et plus consistante. Un parfait ustensile pour absorber les résidus de sauce et d'huile de vos assiettes, rite de prédilection dans mon cas.

J'adore les restaurants ethniques qui servent des desserts typiques du pays, ce qui n'est pas toujours le cas. Le vattalapam, brièvement décrit dans le menu, est un pudding d'oeufs (mais qui a presque une texture de mélasse), arômatisé au cardamome, au clou de girofle, à la crème de noix de coco et au sucre de palm d'un brun profond. La note principale de ce riche et sucré dessert est le cardamome. Une heureuse découverte que ce met.

Finalement, le payasam, le dessert idéal, selon moi, après un lourd et riche repas. Frais et léger, le payasam est fait à parti d'un type de riz spécial, bouilli, donnant un résultat final qui ressemble beaucoup au tapioca. Encore du cardamome ici, mais aussi une riche crème de noix de coco, qui raffraîchit l'estomac. Le fruit jaune placé sur le payasam est de la pomme de jacque, ou du jacque, fruit du jacquier. C'est un fruit qui évoque la mangue, moins sucré, dans le goût, mais avec une texture plus charnue. Pas vraiment indispensable.

Les propriétaires du restaurant sont évidemment très attachés à leur pays natal, affichant photos et peintures démontrant les différentes richesses du Sri Lanka (une photo de Sigiriya est particulièrement frappante). Et d'après ce repas, ils ont de quoi être fier.

403 rue Somerset
Ottawa

10-02-06

Genji, pour le néophyte

Les sushis et moi nous connaissons que très peu. Il y a quelques pistes explicatives. D'abord, notre région ne compte pas une quantité abondante de sushis de qualité. Il y a, comme partout, des petits fast-food-sushi, mais ceux-ci ne captent pas mon intérêt. Ce qui serait probablement le plus grand facteur dans cette affaire est ma préférence en températures. J'aime mes repas chauds. La chaleur, d'après une vague notion peut-être inventée que j'entonne néanmoins avec conviction, déploie mieux les goûts, surtout plus gras, des mets. C'est pourquoi une pizza chaude est meilleure qu'une pizza froide (malgré ce que vous diront certains songe-creux).


Reste-t-il que dans mon cheminiment vers l'omniscience gastronomique, je me dois de tout goûter et c'est donc sans réticence, et même plutôt avec enthousiasme, que j'acceptai l'invitation de Jean-François à aller souper à Genji, avec son ami Jean-François (deux personnes avec le même prénom, comme Dieu nous réserve de coquines surprises).

Je vais me limiter dans ma critique, ignorance oblige.

Voici une assiette, avec un red dragon roll (14$), soit un rouleau de tempura de crevette, des légumes, recouvert de thon. À droite, un ume shiso (4,45$), soit un maki avec umeboshi, des prunes marinés, et feuilles de shiso. En haut, le maki great canadian (15,95$), avec saumon fumé, homard et asperge.

Voici la mienne. En haut, un sashimi de butterfish (7,95$), poisson dont je n'ai pu trouvé le nom français. Si seulement j'avais un ami qui étudiait en traduction qui pourrait me venir en aide. J'ai aussi pris un dragon, soit le sweet dragon (11,95$), aussi un rouleau de tempura de crevette, mais cette fois-ci avec une fine couverture de patate sucrée. À droite, c'est une pizza sushi, qu'ils disent. C'est un disque de riz cuit en friture, recouvert de thon, de tobiko (oeufs de poisson volant), de ciboulette, des miettes de tempura et de mayonnaise japonaise (10,45)$.

Ici, c'est un maki Philadelphia (9,45$) avec pamplemousse, fromage à la crème et saumon fumé. Je viens tout juste d'appendre qu'il y avait du saumon fumé (en consultant leur menu en ligne), que je n'avais pas du tout détecté. Ceci s'explique par le fromage à la crème, saveur qui domine ici sur les autres, saveur qui ne convient pas, d'après moi, aux fines complexités typiques des sushis.


La pizza-sushi, bien que pas du tout traditionnelle, était exquise. Servi chaude, la galette de riz est superlativement croustillante, avec son contenu tout aussi tendre. S'échappe aussi un goût sucré de la caramélisation de la croûte, s'alliant habilement au mélange onctueux et salé qui la recouvre. Le thon est succulent, rehaussée par la riche mayonnaise. J'adore toujours le tobiko, que je me plaie à presser avec ma langue contre mon palais pour faire jaillir son contenu délicieux.

Ici, le rouleau avec patate sucré. La patate elle-même était très tendre. Ils ont dû la cuire, ce qui a aussi affinés sa saveur sucré. L'asperge croquante et le tempura croustillant ne font que rajouter à la complexité de textures, caractéristique récurrente dans les mets de la soirée qui m'a plu.

Lorsque Jean-François umeboshi, la serveuse l'a averti que ce maki était des plus surets, un goût assez inhabituel, surtout pour le palais nord-américain. Et c'était effectivement très sûr. C'est le genre de truc dont on ne raffole pas, mais qui est très intéressant à goûter, à déchiffrer. Après le début acidulé en bouche s'éveillent des relents parfumés, dus à l'intensité des feuilles de shiso.

Un autre maki (pas photographié), le unagi, piquait également ma curiosité gourmande. Unagi est le mot japonais pour l'anguille d'eau douce, qui est, dans ce cas, fumée. Les autres ingrédients du maki m'ont empêché de déterminer la saveur exacte de l'unagi. C'était salé et fumé, avec un typique goût de poisson, mais c'est pas mal tout ce que je peux dire. Les graines de sésame grillées qui garnissaient rendaient une excellente dimension supplémentaire au tout.

Finalement, le « butterfish » était un autre plat qui était plus intéressant que délicieux. C'est un poisson à chaire blanche avec un léger goût de la mer et une texture singulière, d'où son nom. En effet, il est aucunement filamenteux, avec une texture uniformément lisse et douce. Le goût comme tel était assez effacé, mais la texture unique nous le faisait oublier.

C'était un repas excellent dans l'ensemble, autant pour les saveurs à l'oeuvre que les quelques découvertes que j'ai faites. Merci à J-F et J-F pour leurs conseils et invitation.

175 rue Lisgar
Ottawa

10-02-01

Ahora: retour et confirmation

C'est toujours une belle surprise quand on entre dans un restaurant pour y trouver un groupe d'enfants (ou d'adolescents, bon). C'est avec grand plaisir que je parle un peu plus fort pour qu'on m'entende. C'est avec grâce que ramasse mon manteau qu'un adorable galopin vient de faire tomber une deuxième fois.


Non, ce ne sont que des farces, hehe. Je n'aimais pas ça. Mais je n'ai pas aimé le repas non plus. L'assiette de nachos était assez ordinaire. Comme les enfants du restaurant, les nachos étaient plus plaisants noyés dans un liquide quelconque, de la salsa par exemple. Le poulet était sec aussi. Ça manquait d'inspiration. Comme moi, au moment d'écrire ceci. (hahaahhahahahahha) Ça ne valait pas presque 12$. Je préfère presque aller à la Cage aux Sports où, au moins, il y a un avion suspendu.

Si, en regardant, cette photo, vous vous dites « Voilà une laide assiette. », bravo. Vous n'êtes pas aveugles. Je pense que je suis trop bon photographe parce que l'assiette avait l'air encore plus décourageante sur le coup: la salade flétrie, les tortillas tièdes et secs. Si vous n'aviez pas compris, c'est un taco et un quesadilla (8$ et quelques sous). Le taco est composé du même poulet sec avec des tomates, des oignons et une tranche d'avocat gluant. Frémissez-vous de fringale après cette description? Non. Le tortilla est caoutchouteux, moche. Le quesadilla substitue les tomates et les oignons pour quelques grammes de fromage et une demi-once de guacamole: merci! Ça goûte sensiblement la même chose: la désolation profonde.

Mes descriptions exagèrent un peu le démérite du repas, mais pas trop. C'est rare que je mange pour ensuite tout à fait regretter ce que je viens de mettre dans ma bouche, mais c'est arrivé ce jour-là. C'était ma seconde visite en quelques semaines, question de confirmer quelques unes de mes observations pour une critique, et ce sera ma dernière avant longtemps.

Voici le lien vers mon article à ce sujet dans la Rotonde.

New York: première visite


Veuillez bien m'excuser pour ce long délai entre billets. Il y a deux fins de semaine, je suis allé avec un ami à New York, un pélerinage gourmand important. Même si j'attendais impatiemment ce moment, je m'étais garder d'élaborer des plans trop ambitieux. Je voulais profiter calmement de mon court séjour, de pas me sentir pressé par un besoin de visiter tel ou tel endroit ou resto. En fin de compte, on est arrivé en ville vendredi soir, où a exploré la ville dans toutes ses facettes nocturnes au point où le lendemain on n'était pas disposé à s'aventurer énergiquement la journée durant. Le dimanche, jour de notre départ, une pluie verglaçante n'encouragea pas non plus des déambulements trop exhaustifs, surtout avec sept heures de route à faire ensuite. Je n'ai pas pris des photos de tous mes repas (il faisait trop noir, ou ça ne me tentait pas, ou ma caméra était à l'hôtel), mais en voici quelques unes.

C'est le vendredi soir que pris place notre souper formel. Pour avoir l'air civilisé, on a décidé de ne pas souper à 16h30 pour plutôt s'aventurer aux alentours de notre hôtel pour se divertir et se distraire avant l'heure du repas. Trottoirs parcourus, bars fréquentés, bières bues, on avait faim. Étant donné notre piètre connaissance géographique de Manhattan, le choix de restaurant a été complexe et frustrant. En bout de ligne, on s'est dirigé vers le East Village où mon compagnon avait déjà mangé quelques dignes repas. Ce qui est plutôt charmant à New York c'est la vivacité de son ensemble. Rue, trottoirs, restos, bars, magasins, partout on y trouve des gens. Ceux-ci sont divers, mais surtout (et c'est peut-être parce que j'y suis un étranger) ils paraissent, en moyenne, plus cool. On entre dans un petit café: lumière hyper-tamisée, bar plein, tables où confèrent beaux jeunes sans oublier le petit groupe de fumeur et cellulaire-parleur croisée à l'entrée. C'est le seul moment de ma vie j'ai trouvé le mot buzz approprié. Et il fut plus qu'approprié à Motorino.

Motorino est une pizzeria qui compte parmi les plus célébrées de New York. Leurs ingrédients de suprême qualité, un artisanat superbe, une authenticité hors-pair sur le continent et une atmosphère électrisante sont ses atouts maintes fois professées. Le menu est simple, les prix, pas du tout exorbitants. Vraiment un endroit superbe, et ça, même avant d'être servi.

Mais une fois servi, les plaisirs décuplent. Après avoir entamé une belle bouteille, les pizzas arrivent. Ci-haut, chou de Bruxelles, ail, pecorino, mozzarella di bufala et pancetta (15$). Vraiment une révélation cette pizza. D'abord, la croûte est terrassante. Légère, fine, croustillante, souple, juste assez salée avec cet imanquable goût de levure, c'est un chef d'oeuvre en soi. Les ingrédients poursuivent la tendance, la pancetta donne un profond goût de porc, de gras, de sel, qui contraste avec les tons sucrés et végétaux du choux, qui a caramélisé lors de la cuisson. Les fromages donnent une richesse laitière au tout, mais ne se distinguent pas l'un de l'autre, même si l'on remarque le goût un peu plus prononcé du pecorino. Une des plus remarquables assiettes de ma vie.

Plus remarquable encore? La margherita (14$). Avec trois ingrédients, tomates, mozzarella di bufala et basilique, on s'attendrait habituellement à quelque chose d'assez ordinaire. Pas ici. J'ai vraiment eu l'impression de rencontrer l'essence de la pizza ici. Encore la croûte parfaite, mais ici avec une sauce tomate, à peine assaisonnée, où ressort avec puissance l'acidité du fruit, mais aussi sa complexité, ses légers relents sucrés, relevés du basilique frais, intensément parfumé. Le fromage aussi est mieux mis en scène ici que dans l'autre pizza. Encore riche, mais pas lourd, avec ce goût de lait frais, une saveur beaucoup plus prononcé que les mozzarellas banals qu'on rencontre à l'épicerie. Ça n'a pas l'air de grand chose, mais mon ami et moi étions d'accord, sans équivoque, sans hésitation, à dire que c'était la meilleure pizza qu'on ait mangé. On en soupirait les qualités, la vantait excessivement tout en essuyant des coulées d'huile d'olive sur nos mentons. C'est un des beaux moments de gourmand que j'ai eu.

Je pense que le serveur sentait mon état exalté et en profita pour m'offrir un tiramisu (7$), ce à quoi j'ai répondu un « Yes! » un peu trop enthousiaste (le vin, probablement). Tous les goûts, arômes et textures du tiramisu idéal: superposition de couches, alternant entre le mascarpone crémeux, le biscuits trempés dans de l'espresso, la poudre de cacao, l'humide gâteau et l'espèce de custard richissime. Chaque bouchée offrait tous ses éléments, tous intensément, tous distincts, mais tous harmonieux et tous délicieux. Un exquis point d'exclamation.

Le lendemain après-midi, après un petit tour de 5th avenue, je descendis vers Madison Square Park (pas Garden), pour visiter un autre établissement célébré, Shake Shack. Un comptoir qui sert d'excellents hamburgers, entre autres délices, dans un joli parc, à 10°C au mois de janvier: oui. J'ai pris cette photo en file, après y avoir déjà passé 20 minutes. C'est populaire apparemment. Heureusement, j'ai pu discuté avec des gens qui attendaient comme moi. Après environ 40 minutes (je crois), je fus servi, et je repartis vite avec un sac plein de joie.

C'est un peu comme le plus beau fast-food de votre vie. Tout est propre, esthétique, parfait. C'est une bonne chose que je n'habite pas à New York, sans quoi je serais encore plus gros (autodérision). Les frites là-haut sont super croustillantes, salés, mais pas si notables, étant faites de frites congelées (une critique commune). Si j'avais eu de la mayonnaise ou du ketchup (j'avais vraiment les mains pleines), je serais peut-être d'avis contraire, bien que je les ai toutes mangées. C'est vraiment le hamburger qui gagne ici.

Qu'il est joli! Assis sur un banc de parc, surtout. Ce n'est rien d'extravagant, notons-le. C'est des ingrédients de qualité et une construction simple, intelligente. D'abord le pain est parfait, un potato roll moelleux, un peu sucré, qui n'obstrue pas le goût de la viande. La viande elle est un beau boeuf haché frais, avec une bonne proportion de gras, cuit à la planche. Cette méthode produit une belle croûte qui, une fois salée, fait un très beau contraste avec la chaire succulente et juteuse. Une sauce, un peu comme de la vinaigrette Mille-Îles, est aigre-sûre et crémeuse, un beau complément.

Une autre photo, pourquoi pas. J'allais oublier: le fromage est aussi tout à fait idéal. Dans le style américain, c'est-à-dire produit mécaniquement, il n'est pas des plus raffiné, mais il remplit parfaitement son rôle: fort, fondu, il rajoute un peu de gras pour bien arrondir les bouchées. Parmi les meilleurs hamburgers de ma vie, certainement.

Ils appellent ça frozen custard, ce qui implicite jaunes d'oeufs, crème et sucre. Ils offrent sept saveurs par semaine, une par jour, et changent après chaque moi. Malheureusement, en ce samedi 23 janvier, la saveur était assez ordinaire: mente et pépites de chocolat. J'ai quand même dû y goûter. Un parfum de menthe qui n'évoquait pas les arômes artificielles qu'on rencontre si souvent et les pépites étaient d'un chocolat noir bien amer, bien bon vis-à-vis le reste, bien sucré: c'est très plaisant, mais pas nécessaire d'aller à New York pour goûter pareil.

Dernier repas photographié, c'est chez Junior's, espèce de diner classique américain, renommé pour ses gâteaux au fromage (que je n'ai pas osé commandé à 9h30, regrets). C'est vraiment un endroit comme on ne voit pas au Canada. Du chrome rutile partout, des miroirs et des chandeliers font de même. Des crooners jouent à la radio et les serveurs et serveuses fournissent les voix de fonds. On se sent transporter vers une autre époque, oui. Je choisis un corned beef hash avec deux oeufs pochés. Le corned beef est succulent et salé, haché et mélangé avec des pommes de terre et des oignons. Une fois les oeufs percés et écoulés, ça devient un déjeuner un richissime. C'était bon, mais j'aurais apprécié des saveurs un peu plus complexes: ça se résumait au salé. Les patates, à côté, étaient parfaitement inutiles; j'ai à peine fini les deux tiers du hash. Quand même plaisant.

Je ne vous fatiguerai pas avec éloges et commentaires sur New York, sauf pour vous dire que j'y retournerai, cette fois avec un peu plus de temps. Et si vous avez un oncle ou une tante riche qui voudrait m'y héberger, dites.

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