10-02-01

New York: première visite


Veuillez bien m'excuser pour ce long délai entre billets. Il y a deux fins de semaine, je suis allé avec un ami à New York, un pélerinage gourmand important. Même si j'attendais impatiemment ce moment, je m'étais garder d'élaborer des plans trop ambitieux. Je voulais profiter calmement de mon court séjour, de pas me sentir pressé par un besoin de visiter tel ou tel endroit ou resto. En fin de compte, on est arrivé en ville vendredi soir, où a exploré la ville dans toutes ses facettes nocturnes au point où le lendemain on n'était pas disposé à s'aventurer énergiquement la journée durant. Le dimanche, jour de notre départ, une pluie verglaçante n'encouragea pas non plus des déambulements trop exhaustifs, surtout avec sept heures de route à faire ensuite. Je n'ai pas pris des photos de tous mes repas (il faisait trop noir, ou ça ne me tentait pas, ou ma caméra était à l'hôtel), mais en voici quelques unes.

C'est le vendredi soir que pris place notre souper formel. Pour avoir l'air civilisé, on a décidé de ne pas souper à 16h30 pour plutôt s'aventurer aux alentours de notre hôtel pour se divertir et se distraire avant l'heure du repas. Trottoirs parcourus, bars fréquentés, bières bues, on avait faim. Étant donné notre piètre connaissance géographique de Manhattan, le choix de restaurant a été complexe et frustrant. En bout de ligne, on s'est dirigé vers le East Village où mon compagnon avait déjà mangé quelques dignes repas. Ce qui est plutôt charmant à New York c'est la vivacité de son ensemble. Rue, trottoirs, restos, bars, magasins, partout on y trouve des gens. Ceux-ci sont divers, mais surtout (et c'est peut-être parce que j'y suis un étranger) ils paraissent, en moyenne, plus cool. On entre dans un petit café: lumière hyper-tamisée, bar plein, tables où confèrent beaux jeunes sans oublier le petit groupe de fumeur et cellulaire-parleur croisée à l'entrée. C'est le seul moment de ma vie j'ai trouvé le mot buzz approprié. Et il fut plus qu'approprié à Motorino.

Motorino est une pizzeria qui compte parmi les plus célébrées de New York. Leurs ingrédients de suprême qualité, un artisanat superbe, une authenticité hors-pair sur le continent et une atmosphère électrisante sont ses atouts maintes fois professées. Le menu est simple, les prix, pas du tout exorbitants. Vraiment un endroit superbe, et ça, même avant d'être servi.

Mais une fois servi, les plaisirs décuplent. Après avoir entamé une belle bouteille, les pizzas arrivent. Ci-haut, chou de Bruxelles, ail, pecorino, mozzarella di bufala et pancetta (15$). Vraiment une révélation cette pizza. D'abord, la croûte est terrassante. Légère, fine, croustillante, souple, juste assez salée avec cet imanquable goût de levure, c'est un chef d'oeuvre en soi. Les ingrédients poursuivent la tendance, la pancetta donne un profond goût de porc, de gras, de sel, qui contraste avec les tons sucrés et végétaux du choux, qui a caramélisé lors de la cuisson. Les fromages donnent une richesse laitière au tout, mais ne se distinguent pas l'un de l'autre, même si l'on remarque le goût un peu plus prononcé du pecorino. Une des plus remarquables assiettes de ma vie.

Plus remarquable encore? La margherita (14$). Avec trois ingrédients, tomates, mozzarella di bufala et basilique, on s'attendrait habituellement à quelque chose d'assez ordinaire. Pas ici. J'ai vraiment eu l'impression de rencontrer l'essence de la pizza ici. Encore la croûte parfaite, mais ici avec une sauce tomate, à peine assaisonnée, où ressort avec puissance l'acidité du fruit, mais aussi sa complexité, ses légers relents sucrés, relevés du basilique frais, intensément parfumé. Le fromage aussi est mieux mis en scène ici que dans l'autre pizza. Encore riche, mais pas lourd, avec ce goût de lait frais, une saveur beaucoup plus prononcé que les mozzarellas banals qu'on rencontre à l'épicerie. Ça n'a pas l'air de grand chose, mais mon ami et moi étions d'accord, sans équivoque, sans hésitation, à dire que c'était la meilleure pizza qu'on ait mangé. On en soupirait les qualités, la vantait excessivement tout en essuyant des coulées d'huile d'olive sur nos mentons. C'est un des beaux moments de gourmand que j'ai eu.

Je pense que le serveur sentait mon état exalté et en profita pour m'offrir un tiramisu (7$), ce à quoi j'ai répondu un « Yes! » un peu trop enthousiaste (le vin, probablement). Tous les goûts, arômes et textures du tiramisu idéal: superposition de couches, alternant entre le mascarpone crémeux, le biscuits trempés dans de l'espresso, la poudre de cacao, l'humide gâteau et l'espèce de custard richissime. Chaque bouchée offrait tous ses éléments, tous intensément, tous distincts, mais tous harmonieux et tous délicieux. Un exquis point d'exclamation.

Le lendemain après-midi, après un petit tour de 5th avenue, je descendis vers Madison Square Park (pas Garden), pour visiter un autre établissement célébré, Shake Shack. Un comptoir qui sert d'excellents hamburgers, entre autres délices, dans un joli parc, à 10°C au mois de janvier: oui. J'ai pris cette photo en file, après y avoir déjà passé 20 minutes. C'est populaire apparemment. Heureusement, j'ai pu discuté avec des gens qui attendaient comme moi. Après environ 40 minutes (je crois), je fus servi, et je repartis vite avec un sac plein de joie.

C'est un peu comme le plus beau fast-food de votre vie. Tout est propre, esthétique, parfait. C'est une bonne chose que je n'habite pas à New York, sans quoi je serais encore plus gros (autodérision). Les frites là-haut sont super croustillantes, salés, mais pas si notables, étant faites de frites congelées (une critique commune). Si j'avais eu de la mayonnaise ou du ketchup (j'avais vraiment les mains pleines), je serais peut-être d'avis contraire, bien que je les ai toutes mangées. C'est vraiment le hamburger qui gagne ici.

Qu'il est joli! Assis sur un banc de parc, surtout. Ce n'est rien d'extravagant, notons-le. C'est des ingrédients de qualité et une construction simple, intelligente. D'abord le pain est parfait, un potato roll moelleux, un peu sucré, qui n'obstrue pas le goût de la viande. La viande elle est un beau boeuf haché frais, avec une bonne proportion de gras, cuit à la planche. Cette méthode produit une belle croûte qui, une fois salée, fait un très beau contraste avec la chaire succulente et juteuse. Une sauce, un peu comme de la vinaigrette Mille-Îles, est aigre-sûre et crémeuse, un beau complément.

Une autre photo, pourquoi pas. J'allais oublier: le fromage est aussi tout à fait idéal. Dans le style américain, c'est-à-dire produit mécaniquement, il n'est pas des plus raffiné, mais il remplit parfaitement son rôle: fort, fondu, il rajoute un peu de gras pour bien arrondir les bouchées. Parmi les meilleurs hamburgers de ma vie, certainement.

Ils appellent ça frozen custard, ce qui implicite jaunes d'oeufs, crème et sucre. Ils offrent sept saveurs par semaine, une par jour, et changent après chaque moi. Malheureusement, en ce samedi 23 janvier, la saveur était assez ordinaire: mente et pépites de chocolat. J'ai quand même dû y goûter. Un parfum de menthe qui n'évoquait pas les arômes artificielles qu'on rencontre si souvent et les pépites étaient d'un chocolat noir bien amer, bien bon vis-à-vis le reste, bien sucré: c'est très plaisant, mais pas nécessaire d'aller à New York pour goûter pareil.

Dernier repas photographié, c'est chez Junior's, espèce de diner classique américain, renommé pour ses gâteaux au fromage (que je n'ai pas osé commandé à 9h30, regrets). C'est vraiment un endroit comme on ne voit pas au Canada. Du chrome rutile partout, des miroirs et des chandeliers font de même. Des crooners jouent à la radio et les serveurs et serveuses fournissent les voix de fonds. On se sent transporter vers une autre époque, oui. Je choisis un corned beef hash avec deux oeufs pochés. Le corned beef est succulent et salé, haché et mélangé avec des pommes de terre et des oignons. Une fois les oeufs percés et écoulés, ça devient un déjeuner un richissime. C'était bon, mais j'aurais apprécié des saveurs un peu plus complexes: ça se résumait au salé. Les patates, à côté, étaient parfaitement inutiles; j'ai à peine fini les deux tiers du hash. Quand même plaisant.

Je ne vous fatiguerai pas avec éloges et commentaires sur New York, sauf pour vous dire que j'y retournerai, cette fois avec un peu plus de temps. Et si vous avez un oncle ou une tante riche qui voudrait m'y héberger, dites.

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